Bien sûr il aurait pu faire beau.
Bien sûr nous aurions pu profiter d’une montée tranquille dans la hêtraie, dans la douceur et l’éclat des débuts d’automne.
Bien sûr nous aurions pu attaquer la montée plus franche vers le Pas du Chat en traînant un peu pour contempler le relief sublimé par la lumière oblique et les couleurs changeantes.
Bien sûr, nous aurions pu profiter d’une pause bien méritée, pique-niquer assis sur une plage léchée de vaguelettes et contempler l’étang, le Graal de cette sortie.
Bien sûr, quelques téméraires auraient pu tenter quelques brasses dans l’eau glaciale, pour la beauté du geste (on m’a dit que c’était une pratique assez commune à la Route de l’Ours, et je ne mets pas en doute la parole des mes informateurs), avant de redescendre avec le plaisir du chemin accompli.
Bien sûr, nous aurions pu … mais la montagne avait choisi un programme un peu différent, et le principe de réalité s’est imposé à nous avec la brutalité d’une météo inflexible !
Les gouttes ont commencé à tomber lors de la traversée de la forêt, le ciel s’est chargé, le vent s’est levé (et c’est alors que les plus perspicaces ont compris pourquoi le parking du cirque de Cagateille était miraculeusement désert).
Au sortir de la hêtraie, on entre dans le dur : bourrasques brutales, lauzes glissantes, pluie d’abord éparse puis franchement drue et cinglante ! Mouillés et transis, nous arrivons à la cabane de la Hillette. La halte est bienvenue mais ne se prolonge pas au-delà du raisonnable, car les conditions n’ont visiblement pas l’intention de s’améliorer. La descente est prudente, frisquette et aquatique…
Alors, bien sûr, nous en avons un peu bavé. Mais sans cette météo tourmentée, nous n’aurions pas :
– vu un arc-en-ciel parfait, déployé d’un bout à l’autre de l’horizon sur fond de ciel plombé. Une merveille !
– échangé de profondes (et peu charitables) réflexions sur le bien-être que l’on tire de la sensation d’être à l’abri quand d’autres au-dehors affrontent les éléments déchaînés. (Certain.es suggéraient avec audace de passer la nuit sur place, nonobstant l’état peu séduisant des couchages).
– constaté à quel point, même dans son hostilité, la montagne est sublime ; l’eau presque noire de l’étang, le ciel menaçant, le vent violent, les cascades qui ruissellent le long des parois du cirque, la force des massifs qui nous entourent : le paysage s’impose à nous, et c’est le vrai cadeau de la journée, qui se termine par une modeste halte au café de Seix, dans une vague odeur de bétail mouillé !
Un mot pour remercier le groupe, sans qui je n’aurais :
– jamais surmonté ma peur du vide et donc,
– pas pu aller au bout de ce parcours
– pas appris que « dans l’Atlantique Nord, il fait toujours ce temps-là », ni que, pour certaines personnes « autant on peut monter lentement, autant descendre, non » (les auteurs de ces deux sentences immortelles se reconnaîtront, je pense).
Anna